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Enquête foulquienne PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Francois Ghoche   
Lundi, 20 Mai 2013 00:00

Voici l'histoire promise de la famille Foulque, que je n'avais pas encore eu l'occasion de te conter :

Tout d'abord, je souligne qu'il ne faut pas confondre les foulques avec les poules d'eau, comme cela se fait trop souvent (d'après ce qui est doctement indiqué sur un panneau disposé fort opportunément au bord du lac Léman à proximité de la scène de l'action).

J'avais suivi à l'occasion de plusieurs de mes passages à Genève le comportement d'un couple de foulques, donc, qui avait élu domicile sur la bâche recouvrant un petit bateau ancré au bord du Lac. Ainsi, j'ai été le témoin visuel de l'étonnante scène que je vais à présent tenter de te rapporter le plus fidèlement qui soit.


J'avais assisté à la constitution du nid, les deux compères apportant brindilles, paille et autres débris plus ou moins identifiables, et les assemblant sur leur résidence flottante dans le creux de la bâche du bateau. Et puis, entre deux de mes visites il avait dû se passer tout plein de ces choses habituelles et saisonnières de la vie des foulques, puisqu'à mon retour, madame Foulque était installée confortablement et couvait des œufs avec un soin nonchalant.

Je contemplais le spectacle au hasard de mes allers et retours sur la berge. Cela a duré des semaines. Il fallait bien que ce soit à Genève pour que le propriétaire du bateau ou le responsable du port laisse faire sans perturber le couple installé à deux mètres du quai, tout près du pont du Mont-Blanc. Rien ne semblait devoir perturber ces deux bougres de toute façon, pas plus la circulation automobile que les flashes des touristes japonais et autres guatémaltèques de passages, pas plus que les exclamations bruyantes des italiens et espagnols  d'ailleurs.

Monsieur Foulque, à ce qu'il m'a semblé, effectuait pendant ce temps là des plongeons jusqu'au fond du Lac, impressionnants par leur durée et par la distance entre le point où il plongeait et celui de sa réapparition, avec je ne sais quoi dans le bec.

Et puis j'ai assisté un jour à cette scène étonnante, témoignage sur le vif de la vie quotidienne foulquienne. Voici les faits :

J'étais accoudé sur la rambarde et je contemplais le Lac, mine de rien, pour ne pas avoir trop l'air d'espionner la vie intime des deux tourtereaux, enfin, de nos deux foulques qui ne sont pas des poules d'eau, n'est ce pas.

Tout d'un coup, voilà que madame Foulque, toujours confortablement installée dans son studio de nid, se met à émettre forts cris et sons manifestement aussi irrités qu'impératifs.

Le concert dure un petit moment, puis voilà qu'apparait monsieur Foulque, qui nage avec empressement jusqu'au pied du nid d'où sa compagne l'a hélé avec tant de vigueur aussi bruyante qu'insistante.

L'appel de Madame Foulque

S'ensuit une conversation, relativement brève mais intense entre eux.

Je ne saurais retranscrire avec toute la précision souhaitée les détails de l'échange, le bruit de la circulation automobile et l'accent particulier de la région d'origine des deux volatiles ne me l'ont pas permis. Néanmoins, la suite des évènements ne laisse que peu de doutes sur la substance de l'échange, à défaut d'une certitude quant aux détails.

Toujours est-il que voilà que monsieur Foulque s'empresse de faire le tour de la résidence aquatique, pour l'aborder et y grimper par ce qu'il faut bien alors considérer comme l'entrée principale du domicile.

L'arrivée de Monsieur Foulque

En vérité, monsieur Foulque vient relever madame.

Besoin pressant ou courses à faire, je ne saurais pas affirmer. Toujours est-il que monsieur s'apprête à s'installer à la place laissée libre par madame, alors que cette dernière s'éloigne d'une nage rapide et disparaît de ma vue entre les autres bateaux ancrés autour de la résidence bleue.

La relève est assurée

Monsieur Foulque prend tout de même le temps de mettre un peu d'ordre dans le logis, ajustant une brindille par ci, un morceau de plastique (eh oui) par là. Je me demande un moment s'il va aussi faire le ménage.

Non, tout de même pas. Il faut dire à sa décharge que le temps un peu gris n'assure pas au nid une température propice à nos œufs. Il se décide donc à s'installer sans plus attendre sur la couvée.

Ah, ils ont enfin remis le chauffage !

L'on peut presque ressentir, à défaut d'entendre, la satisfaction des futurs petits foulques en devenir dans leur confort tiède et douillet. N'est-ce pas ?

Un peu plus loin, deux cygnes assistent et commentent en véritables pipelettes la scène.

Les spectateurs

Il faut cependant que j'avoue que je ne saurais rien affirmer pour ce qui est du genre de l'un et l'autre de nos indiscrets voyeurs. J'ai d'ailleurs la même difficulté avec les cygnes qu'avec les foulques, contrairement aux canards, par exemple, pour lesquels distinguer le canard de la canne est infiniment plus aisé.

De plus, à notre époque de banalisation du mariage gay, il s'est trouvé quelques activistes pourvus de connaissances naturalistes pour mettre en lumière le fait qu'il existerait chez certains animaux des comportements qui, autrefois, étaient considérés contre-nature et en conséquence soigneusement relégués dans les enfers des bibliothèques universitaires.

Je ne me prononcerai donc pas plus avant et me contenterai de souligner le bavardage indiscret et persistant des deux personnages de blanc vêtus, sans chercher à préciser leur sexe.

J'étais donc plongé dans ces profondes réflexions et d'autres sur la nature de la faune du Lac, ainsi que sur la Nature au sens plus large du mot. Je ne développerai pas plus avant ce thème, qui nous éloignerait de notre sujet, même s'il est intéressant de mentionner au passage l'étonnante moisson de fructueuses constatations qui peuvent s'enchainer à partir de faits au demeurant simples au départ.

Abrégeons donc en disant que cela a duré un temps que je saurais déterminer. Soudain, j'ai été tiré de cette méditation féconde par des cris émanant du nid.

Monsieur Foulque, à ce qu'il semblait, faisait preuve de mauvaise humeur.

Au bout d'un moment de ce manège, voilà que le volatile se lève et quitte son poste de travail sans plus de cérémonie. Il s'en va ensuite  nonchalamment se dégourdir les pattes sur le bateau voisin.

Le temps d'une promenade

Négligence ou coupable indifférence ? Manifestation d'une crise d'impatience des pattes, possible chez certains à ce qu'il parait ? Retard trop important du conjoint (il y avait peut-être la queue aux caisses) ? Je ne saurais rien affirmer, n'ayant pu procéder à une interview pour enquêter de manière plus approfondie sur la question. En effet, une horloge m'a rappelé aux exigences des horaires implacables des transports Genevois, sous peine de manquer le départ d'un bus suffisamment rare pour ne pas être ignoré.

A la réflexion, je ne suis d'ailleurs plus tellement sûr des détails de l'histoire. Lequel de nos deux foulques était Monsieur, lequel était Madame. Je ne sais plus rien affirmer. Décidément, ces deux cygnes là ont fait vaciller tant soit peu l'assurance de la compréhension qui était mienne au début du récit. Je ne suis même plus en mesure d'affirmer, sans craindre de me tromper peut-être, qu'un monsieur plutôt que deux il y avait, ou autant de madames pour ce qu'il en est.

Décidément, la description de la vie des foulques était plus aisée au vingtième siècle, ou avant, qu'à présent...

Je te livre néanmoins l'enquête en l'état, à charge pour toi de lui donner le sens qu'il te conviendra.

Pour C........

Mise à jour le Vendredi, 24 Mai 2013 10:19